De l’idéalisation à la relation amoureuse

De l'idéalisation à la relation amoureuse

Tomber en amour! Quel sentiment merveilleux! Mais pourquoi ce nuage sur lequel les nouveaux amants se laissent lentement bercer s’évapore-t-il lentement? Est-il illusoire de penser que cet idéal amoureux puisse évoluer vers une relation encore plus profonde où règnent confiance et respect mutuel?

Je te croise. Je te remarque. Je te regarde et je m’approche. On se présente. J’éprouve de l’attirance. J’ai envie de te connaître et je rêve aux possibilités. Je nous imagine ensemble. On commence à se parler et je ressens de l’amour. Puis, c’est alors que, quelques mois plus tard, je te rencontre réellement. Je perçois que notre rapport n’est pas tel que je l’avais imaginé au départ. Malgré l’inquiétude qui monte, je demeure tout de même confiant. Je tente de communiquer, d’améliorer, de transformer, de résoudre et de te faire comprendre. C’est à ce moment que je suis confronté à la résistance et que je frappe un mur d’impuissance. Je suis à la fois contrarié, déçu et déchiré. J’ai peur. Lentement, je commence à réfléchir à la possibilité d’interrompre la relation par respect pour moi-même, ou encore à celle de rester engagé pour satisfaire mes besoins d’amour, de sécurité affective, de complicité et de projets communs.

De l’idéalisation à la désillusion
L’idéalisation est un phénomène normal et une étape normale dans la relation amoureuse. Les étapes liées à ce processus ont été très bien expliquées et développées par plusieurs auteurs, particulièrement Harville Hendrix dans son livre Le Défi du Couple, ainsi que par Colette Portelance dans Vivre en couple et heureux c’est possible. Elle est liée au processus d’attraction amoureuse qui est nécessaire à la réussite de la rencontre. L’idéalisation est aussi un mécanisme de défense, c’est-à-dire une façon réflexe et souvent inconsciente de fuir une réalité qui nous effraie. Cette défensive a pour but de nier la réalité et de la transformer pour éviter de ressentir nos peurs: la peur de ne pas être apte à faire face à la réalité, celle associée aux conséquences de l’échec et, particulièrement, la peur de souffrir. Plus on porte de peurs non conscientisées à l’intérieur de soi, plus on se défend au moyen de l’idéalisation.

Au début de la rencontre, nos valeurs, nos goûts et nos projets semblent se ressembler. Dans certains cas, l’arrimage semble parfait. Ceci est le mirage de l’idéalisation. Se juxtaposant à celui-ci, il y a le phénomène de la projection qui renforce la crédibilité de ce mirage: ce que je perçois chez l’autre part de moi et la désillusion suivra indubitablement. Cette étape fait partie de la relation amoureuse. Dès lors, une question se pose à nous: comment envisagerons-nous l’adaptation requise pour rejoindre l’autre? Si tel est notre choix, bien sûr.

La rencontre de 2 mondes et de 3 réalités
En réalité, la relation amoureuse est une rencontre entre deux mondes. Pour certains, le choc entre ceux-ci est considérable et pour d’autres, il l’est moins. Toutefois, l’impact relatif à la tentative de concilier deux univers distincts se produit toujours, tel un ordinateur IBM qui tente de communiquer avec un MacIntosh.

Pour permettre l’arrimage de ces deux électrons libres, il faudra user de sa capacité à percevoir et accepter trois réalités propres. La première est la réalité de l’autre que je suis en train de découvrir. Je réalise qu’il est différent de ce que j’imaginais. La deuxième est la réalité relative à la personne que je suis véritablement: ces parties que j’évite de rencontrer, que je rejette parfois, et qui se manifestent en relation, puisque c’est souvent à travers l’amour que l’on se découvre pleinement. La troisième réalité est celle de la relation amoureuse elle-même. ­Rapidement, l’on prend conscience que la rencontre n’est pas aussi romantique qu’on s’est plu à le croire. En fait, elle est régie par un processus amoureux qui implique une capacité à se prendre en main, capacité qui doit être inspirée par l’amour de soi. La rencontre est soumise à des règles, elle rencontre des difficultés, elle réveille des deuils, elle déclenche des souffrances, elle éveille des blessures, elle génère des défensives et crée des systèmes relationnels insatisfaisants. Faire face à ces trois réalités exige d’accomplir un travail d’acceptation ainsi que d’entamer un processus d’adaptation mutuelle. Voilà qui n’est déjà plus très romantique.

Pour que l’arrimage des univers de chacun soit réussi, non seulement devons-nous relever les défis mentionnés précédemment et respecter les différences qui nous distinguent l’un de l’autre, mais il faut également confronter l’imaginaire à la réalité.

L’étape de la lutte de pouvoir
Cet arrimage est le résultat souhaité d’un processus qui engendre nécessairement une lutte de pouvoir entre les deux amoureux. En résistant à la réalité, l’on tente mutuellement d’imposer à l’autre son monde, son mode de vie, ses valeurs, son environnement et ses besoins. Pour préserver la magie, plusieurs nient ce phénomène pourtant bien réel. Les partenaires tentent ainsi de se rassurer, d’éviter le sentiment de culpabilité et, surtout, de conserver le pouvoir.

Que se cache-t-il derrière cette lutte de pouvoir? L’enjeu est l’insécurité. S’engager fait peur et les différences aussi. On s’implique en tentant d’annihiler celles-ci ou de les ignorer et les nier tout en les combattant. Les gens qui recherchent spontanément l’engagement sont souvent ceux qui ont confiance en leurs aptitudes à participer à cette lutte de pouvoir et d’en retirer un bénéfice. Ceux qui le fuient ont de la difficulté à s’engager dans cette valse pourtant incontournable.
La lutte de pouvoir est une étape essentielle du processus amoureux. Elle se distingue d’une relation à l’autre et permet de définir, une fois traversée, la place qu’occupera chacun dans le couple. Une harmonie toujours en mouvement est ainsi créée et engendre un sentiment de sécurité de plus en plus fort.

Avec le temps et l’expérience, on ne peut plus se permettre d’être naïf en idéalisant la relation amoureuse. Si nous nous y entêtons, nous demeurerons vulnérables en risquant de nous laisser prendre aux mêmes pièges et de répéter les erreurs passées. Amers, impuissants et frustrés, nous serons isolés. Toutefois, il n’en demeure pas moins que malgré le passage obligé que constituent ces étapes, la vie à deux demeure très recherchée dans le but d’être plus heureux.

Réussir sa vie amoureuse
En fait, pour parvenir à arrimer nos vies, on doit accepter les trois réalités mentionnées précédemment. On doit également transformer nos attentes trop élevées, apprendre à s’écouter soi-même dans le but de s’affirmer et d’exister tout en tenant compte de l’autre, ainsi qu’accepter que notre partenaire ait droit à son monde, même si cela s’avère insécurisant. Comme je le développe dans mon livre Un couple fort, une famille unie, on doit aussi être prêt à approfondir la connaissance de soi, à se responsabiliser et à développer notre capacité à communiquer de façon satisfaisante sans pour autant espérer que cela règle tout, et en nous permettant de rester sensibles l’un à l’autre. Jongler avec les besoins d’amour et de liberté, c’est arriver à conserver une complicité tout en préservant sa différence et en acceptant la différence de l’autre. On doit aussi édifier des projets communs, établir des règles quant au respect, harmoniser nos valeurs, et se soutenir dans nos épreuves personnelles et de couple. On doit également apprendre à aimer l’autre réellement, à avoir du plaisir ensemble, à devenir créateurs de notre vie amoureuse, et encourager la mise en place de rituels nourrissants tout en favorisant les changements qui assureront que la relation amoureuse demeure vivante.

À quoi peut-on réellement s’attendre d’une vie amoureuse épanouie?
On peut s’attendre à vivre de la complicité, à du soutien mutuel qui nous rendra plus fort, à de la sécurité affective qui apportera un équilibre précieux, à de l’attachement, et à de l’engagement qui procurera le sentiment de ne plus être seul et d’être connecté à l’autre. Seront aussi au rendez-vous l’amour, l’affection, l’intimité ainsi que les projets communs qui nous stimulent, nous unissent et nous font évoluer personnellement et en couple. Enfin, on peut s’attendre à expérimenter la relation et la vie dans toutes leurs dimensions.

Passer de l’idéalisation amoureuse à la relation amoureuse est l’élément qui différencie les couples heureux des couples qui ne progressent pas vers le bonheur. Ces derniers continuent de rêver à ce qu’ils n’ont pas plutôt que de vivre leur vie de façon à s’épanouir. Une relation amoureuse établie sur des fondations solides requiert une capacité à voir et à faire avec la réalité dans le but de répondre à ses besoins de sécurité affective, d’amour et de liberté en relation.

 

 

Article du magazine : Mieux-être